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Censure sur Instagram: qui a peur du grand méchant téton ?

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La réponse: Instagram, Facebook, Apple et le reste du monde, clairement.

En 2012, un new-yorkais passionné de photographie capture les moments de vie du monde qui l’entoure et poste ses meilleures prises sur la toute jeune plateforme sociale Instagram.

Le 26 juin de cette année, il publie une photographie de deux femmes, seins-nus, sur la plage de Fort Tilden à Brooklyn. L’une d’entre elle, prend son amie en photo et c’est précisément ce moment que capture Daniel Arnold qu’il publiera sur son compte quelques instants plus tard.

La photo devient viral et les notifications pleuvent au point de consommer toute la batterie restante de son smartphone.  Au moment de rallumer son téléphone, son compte a été suspendu par Instagram. Sa photo a été signalé par un.e membre de la plateforme sociale.

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Photographie de Daniel Arnolds suspendue par Instagram en 2012.

 

Nous entrons officiellement dans l’ère du Nipple Ban, à comprendre, ‘Cachez ce sein que je ne saurais voir” sur Instagram.

 

 

Le début d’un mouvement: Free The Nipples

 

Stupeur et tremblement sur le Gram’ où les internautes surpris, choqués, en colère ou satisfaits de la décision du réseaux social ne tarde pas à réagir, à leur façon.

Cet évènement motiva d’avantage Lisa Esco dans la création du mouvement Free The Nipples (libérez les tétons) né à la même période et au même endroit: New York, été 2012.

La réalisatrice activiste américaine lance cette campagne avec un documentaire du même nom, se filmant à travers la ville, torse-nue accompagnée d’autres femmes protestant contre la censure de la poitrine féminine. Ces femmes réclament la réappropriation de leur corps, de leur sexualié et de leur sécurité. Des courts clips vidéos étaient postés sur internet, depuis des plateformes sociales avec le hashtag ‘Free The Nipples’.

 

Le saviez-vous ? Depuis les années 1990, l’état de New York autorise le fait d’être sans vêtement sur le torse. En 2005, une femme fut arrêté pour avoir été dans l’espace public sans couvrir son torse, elle porta plainte et obtient 29 000 dollars américains de dommages et intérêts.

 

Lisa Esco créer ce documentaire pour mettre en évidence l’injustice sociale pour les femmes de ne pas pouvoir se présenter torse-nu en public sans que cela soit considéré comme comportement indécent. L’objectif est de pouvoir rendre légalement et culturellement acceptable le fait de pouvoir être torse-nu en public, si elles le souhaitent.

Quelques mois plus tard, en 2013, Facebook supprime les vidéos de la plateforme, jugées non conforme à sa politique d’utilisation.

free the nipple 2014 documentary
Free The Nipple 2014 documentaire

Vous voulez le voir, ce documentaire ? Free The Nipple (2014)

En 2014, Netflix diffuse sur sa plateforme le documentaire de Lina Esco. Entre le début du tournage et sa diffusion sur Netflix, de nombreuses choses se sont passées.

 

Le saviez-vous? Le hashtag ‘FreeTheNipple’ est encore à ce jour, banni d’Instagram.

On ne laisse pas The Nipple dans un coin.

A commencer par le soutien de dizaines de célébrités sur Internet, défendant le travail et la cause de la réalisatrice censurée sur Facebook. En Islande, une adolescente posta elle aussi une photo de sa poitrine dénudée afin d’ajouter sa pierre à l’édifice. Critiquée, harcelée, cela retourna l’ile, au point où un membre du parlement, Björt Ólafsdóttir, posa lui aussi torse-nu en soutien à la cause.

Pourquoi faire tout ça ? Pour ouvrir la conversation sur l’égalité de l’anatomie humaine et forcer les mentaités à desexualiser les seins des femmes. Le documentaire pointe du doigt que nos sociétés glorifient et embellissent la violence physique mais censure des poitrines féminines. Cet acte renforce le mystère et le fétichisme en plus d’impliquer que la poitrine d’une femme soit de caractère sexuel plutôt que sa fonction biologique originale.

 

 

Mais revenons à nos réseaux sociaux…

 

Qui décide de vie ou de ban de nos tétons sur Instagram ?

Instagram appartient depuis avril 2012 à Facebook et  l’appli photos décida de renforcer et éclaircir sa politique liée à la nudité. En 2015, ils mettent à jour leur condition d’utilisation.

Publiez des photos et des vidéos appropriées pour une audience variée.

Nous sommes conscients qu’il arrive parfois que des personnes veuillent partager des images de nudité à caractère artistique ou créatif, mais pour un bon nombre de raisons nous n’autorisons pas la nudité sur Instagram. Cela inclut les photos, les vidéos et les autres contenus numériques présentant des rapports sexuels, des organes génitaux ou des plans rapprochés de fesses entièrement exposées. Cela inclut également certaines photos de mamelons, mais les photos de cicatrices post-mastectomie et de femmes qui allaitent activement un enfant sont autorisées. La nudité dans les photos de peintures et de sculptures est également acceptable.

A lire en entier ici.

 

Il est clairement stipulé que les photos de mamelons sont interdits. La version française des conditions ne précise pas de quel mamelon alors que la version anglaise précise bien “the female nipples”.  🙄

A l’automne 2018, le directeur d’Instagram révéla enfin à la presse la raison de cette censure.

Depuis 2015, de nombreux comptes Instagram ont eu la surprise de voir leurs images supprimées, suspendues ou carrément, leur compte suspendu pour avoir enfreint le règlement. Une décision souvent questionnable tant le caractère artistique et/ou sexuel d’une photo varie selon chaque individu.

J’ai donc voulu savoir qui traitait les images signalées sur la plateforme sociale. De nombreux articles évoquent la difficulté pour Instagram de gérer la modération de contenu, tant les messages signalés sont nombreux et les cas de le harcèlement et les insultes monnaie courante. Pourtant Instagram revendique s’engager à vouloir faire de la plateforme celle la plus sécurisée et agréable possible pour les utilisateurs.

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« Ce sont des mamelons d’homme. »

Sur le site de fstopper, on s’étonne qu’à moitié de voir les images de porgnographie plus rapidement traitée que la violence envers les animaux.

Pourquoi la pornographie est plus rapidement suspendu ? J’imagine qu’il est plus facile de trouver des modérateurs qui préfèrent regarder des images de porn toute la journée plutôt que des scènes de violence. D’autant plus que Facebook s’est faite une réputation de ne pas offrir à ses modérateurs le soutien psychologique nécessaire pour traiter ce genre de traumatisme.

En juin 2018, Selena Scola, modératrice pour facebook pour les catégories ‘gore’, ‘pornographie’ et ‘violence’ porte plainte contre son employeur pour leur incapacité « à fournir un lieu de travail sûr pour les milliers d’entrepreneurs qui sont chargés de fournir l’environnement le plus sûr possible pour les utilisateurs de Facebook. »

 

Le saviez-vous ? Un documentaire nommé ‘The Cleaners’ montre l’envers du décor des modérateurs de contenu.

 

Dans ce reportage, on découvre que les modérateurs de contenus travaillent aussi depuis les Philippines, l’Inde ou encore depuis l’Espagne à Barcelone. Ce sont des prestataires de service.

Pour les premiers pays mentionés, la culture occidentale n’est pas assimilée, le corps de la femme n’a pas la même perception. Ce sont aussi des personnes payées de façon médiocre pour traiter des signalements toute la journée. Comme le rappelle le documentaire, ces personnes suppriment, suspendent, ferment des comptes qu’ils considèrent comme inappropriés.

Instagram est clair là dessus, nos tétons de femmes ne sont pas appropriés. Art ? Nudité artistique ? C’est eux qui le décideront.

La photographie de la petite fille fuyant, nue, son village en feu, lors de la guerre du Vietnam est jugée inapproprié par ces modérateurs que l’on voit sommé de supprimer dans le documentaire.

 

La rébellion du téton.

 

Okay, on a compris et on accepte que les photos de nudité ne soient pas okay, en revanche, bannir un téton féminin, non, pas cool, pas okay, pas d’accord car totalement injustifié.

Quel est le fuck avec le téton féminin ? Ne répondez pas ! On connaît très bien la réponse.

Le téton est donc devenu le symbole de la rébellion sur les réseaux sociaux et pour chaque téton banni, une alternative rebelle se présentera.

On en parle de la couverture du magazine LUI où Rihanna pose sein nu ? Une photo supprimée par l’équipe de modération. Art ou nudité ? Les modérateurs ont tranché. Non, ce n’est pas de l’art. Le huitième art a été revisité par ‘the cleaners’ du web.

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Rihanna n’en resta pas là et répondra avec beaucoup d’humour et sarcasme à la prude politique d’Instagram: La prochaine couverture de magazine de Rihanna validée par Instagram’.

 

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En réponse et soutien à cette décision d’Instagram, la commédienne Scout Willis posta des photos d’elle, faisant son shopping dans les rues de New York, sein nu, accompagné du message “Légal à New York mais pas sur Instagram.”

 

Scout WIllis instagram ban teton

 

Pour inaugurer l’ouverture de son compte instagram, la papesse de la mode Grace Coddington posta un dessin, d’elle nue sur sa chaise, ses cheveux flamboyant qui lui valu aussi une fermeture de compte.

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Pas le temps des niaiser au pays de modérateurs ! Il se murmure qu’ils étaient inspirés par les récents propos de Yann Moix.

Le compte fut remis en ligne quelques jours plus tard et Instagram présenta des excuses officielles.

Quand nos équipes étudient les signalements d’autres membres d’Instagram, nous faisons parfois des erreurs. Dans ce cas précis, nous avons fait le mauvais choix de retirer ce contenu et avons fait le nécessaire pour rétablir la situation aussitôt que nous avons été prevenu.

 

  1. Il y a donc eu des signalements de ce dessin. C’est ainsi que l’équipe de modérateur a décidé de fermer tout le compte.
  2. Ils ont été avertis de la situation. Facile, quand il s’agit d’une célébrité planétaire, de prévenir les hauts placés chez Facebook/Instagram pour rectifier le tir.

 

Fin Septembre 2018, Kevin Systrom, directeur générale d’Instagram a expliqué que la raison pour laquelle cette censure est mise en place sur Instagram est uniquement parce que cela va dans le sens des règles de l’Apple Store (où l’app est hébergé pour les utilisateurs IOS).

Il explique même que, s’il voulait autoriser les tétons sur son app, il devrait passer l’autorisation d’âge à 17 ans et plus comme pour Twitter au lieu de 12 ans et plus.

Le magazine The Loop s’offusque de l’hypocrisie déguisée sous forme de bienveillance et rappelle que les ados sont loin d’être ceux qui respectent les limites d’âges et de s’abstenir de regarder des ‘videos pour adultes’, comme on dit.

Par ailleurs, la violence oui, les femmes en sous vêtements dans des positions suggestives dans des publicités 4 par 3 au milieu de la rue oui, mais des tétons sur Instagram, grand Dieu ! Protégeons-les !

 

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‘Il est illégal pour les femmes d’être torse-nu dans la plupart des villes et pourtant on peut acheter des magazines avec des femmes nues en couverture dans toutes les commerces de proximité. Donc en fait on peut vendre notre poitrine mais pas porter notre poitrine aux USA.’

 

Cachez ce téton que je ne saurais voir !

Le directeur Kevin Systrom ajoutera même queInternet ne manque clairement pas d’images de tétons de femme, et de les diffuser sur Instragram n’est clairement pas essentiel à la communauté.

Ravie d’apprendre que les tétons des hommes soient, en revanche, essentiels au réseau social.

 

Deux poids, deux mesures.

Le saviez-vous ? Le ‘Double Standard’ traduit en français par l’expression “deux poids, deux mesures” se définit comme: “une règle ou un principe qui est appliqué injustement de différentes façons à différentes personnes ou à différents groupes.”

 

Et c’est précisément ce que Rihanna et les Instagrammers du monde entier essaient de déchoir sur le réseau social en répliquant à la censure.

Contrairement à Kevin Systrom, les internautes ont bien l’intention de faire le téton féminin un besoin essentiel à la communauté. Pour cela, il leur suffit de deux choses: de l’audace et de la créativité. Non en fait, trois. Un compte Instagram aussi.

Dès la première censure et encore aujourd’hui, les tétons s’affichent sous toutes les formes. Que cela en déplaise aux utilisateurs mal à l’aise avec la représentation de la poitrine féminine, confrontés à l’image sexualisée du corps de la femme, nos tétons sont sur les internets. Acceptez-les.

Cultura Colletica liste 5 comptes Instagram qui détournent avec brio la directive du réseaux social concernant les tétons féminins.

 

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Ce ne sont pas les seuls, chacun et chacune d’entres nous postons et re-postons des images qui s’inscrivent dans une lutte acharnée pour l’acceptation et la reconnaissance de notre bout de sein.

Combien de temps ces comptes et ces postes pourront rester en ligne ? On ne le sait pas. La blogueuse Jessa O’Brien, postait régulièrement des images s’inscrivant dans une démarche de “body positivity” appelé, the naked blogger.

Le succès était sans surprise, au rendez-vous, jusqu’à que le grand nombre de signalement eu raison de sa démarche.

Mais elle n’en resta pas là et créa un nouveau compte pour continuer sa mission. Dans son premier post, elle s’adresse directement aux visiteurs qui ont signalés sont compte:

« Je poste des photos nues, non pour des raisons superficielles, ni pour être glorifié ou sexualisé, mais avec l’espoir de normaliser la nudité et de promouvoir la positivité et l’acceptation du corps. […] Depuis la désactivation de ce compte, j’ai entamé une croisade infatigable contre les géants des médias sociaux pour sensibiliser les gens à la positivité corporelle et exposer la nature contradictoire des lignes directrices floues d’Instagram qui exacerbent seulement deux poids, deux mesures épouvantables. »

Jessa O'Brien the nude blogger instagram ban

 

Une fois son premier compte restaurer, elle appela ses followers à “start a damn revolution”. Pas de besoin de traduction pour cela.

Du coup, on fait quoi ?

Deux options s’offrent à nous:

  • Boycotter Instagram. Fermer nos comptes sur Facebook et Instagram et s’offrir en plus la sécurité de ne pas se faire voler nos données personnelles. C’est une option mais à mon sens, ce n’est en rien une solution.
  • Start the Damn Revolution, comme suggéré par O’Brien. Contourner les guidelines, si bien suggéré par tous ces comptes créatifs. Ne rien lâcher. Insister, continuer.

Que nos tétons aient enfin les droits qu’ils méritent.

 

Alors, que choisirez-vous ?

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