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Décryptage du slogan phénomène: ‘We Should All Be Feminists’

Chimamanda Ngozie Adichie Tshirt we should all be feminist

Connaissez-vous Chimamanda Ngozie Adichie?  Probablement.

 

Elle est aujourd’hui une icône du mouvement féministe de ces dernières années. Vous ne connaissez peut-être pas son nom, peut-être ne savez vous pas non plus comment le prononcer.

Mais il est fort probable que vous ayez déjà entendu le slogan suivant:

 

‘We should all be feminists.’

 

“Nous devrions tous être féministes” ou “nous sommes tous des féministes” comme l’a été traduit pour la publication de l’essaie.

C’est Chimamanda Ngozie Adichie, écrivaine nigériane à succès, qui est derrière ce slogan. Un message qu’elle a tenu à Londres lors qu’elle y presenta le discours désormais connu au TEDxEuston le 1er December 2012.

Les TED talks sont des événements regroupant des personnes inspirées et inspirantes partageant une histoire pour éveiller les esprits sur un sujet commun. La version Londonienne, le TEDxEuston, ‘des idées qui valent d’être partagées’ avait pour objectif cette année là, de ‘remettre en question les idées reçues sur l’Afrique’.

Celui de Chimamanda était donc: nous devrions tous êtres des féministes.

Un message de 30 minutes, qui recense aujourd’hui plus de 5 millions de vues sur Youtube.

 

chimamanda ngozie adichie we should all be feminists

Que dit-elle dans cette présentation ?

Elle explique à travers plusieurs anecdotes sur son parcours, les différentes inégalités liées à nos genres et en particulier, ce qu’elle a pu vivre en tant que femme.

Elle commence son discours en racontant la première fois qu’on l’a décrit comme féministe, comprenant que pour son interlocuteur, un ami, qu’il s’agissait à ses yeux d’un mot péjoratif, une façon de discréditer son opinion. Elle-même ne connaissait pas ce mot, elle n’avait que 14 ans. Nous sommes en 1991.

Elle raconte par la suite ses différents échanges avec des journalistes et accademiciennes autour du mot ‘féministe’ et une fois de plus, sa connotation négative, sombre, pathétique. Puis comment des blocages culturels et sociétales ne paraissent pas si évidents pour ceux qui ne les subissent pas. Son ami masculin ne comprend pas les difficultés des femmes à notre époque, bien qu’il reconnaisse qu’il y en ait eu dans le passé.

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Elle explique enfin, reconnaissant les différences biologiques entre hommes et femmes et bien que de manière générale, les hommes soient plus forts physiquement, être un leader de nos jours, ne requiert aucune force physique. Cela requiert de la créativité, de l’intelligence et sur ce ces derniers points, nous sommes, accrochez-vous bien, égaux.

Après plusieurs anecdotes sordides sur la façon dont elle est traitée, en tant que femme, seule, à Lagos, au Nigeria, elle admet sa colère envers le façonnage des genres de nos sociétés. Elle utilise sa colère pour faire avancer les choses et croire qu’un meilleur monde est possible, croire que l’être humain est assez intelligent pour se recréer.

A commencer par l’education de nos enfants. Elle liste des exemples d’éducation que l’on donne à nos garçons sur l’identité d’un homme, sur la masculinité, la virilité. Et reconnaît qu’on ne leur rend pas service. Enfin, elle ajoute que l’on désert encore plus nos petites filles avec une éducation qui devra s’adapter à ces hommes dont l’ego a été fragilisé par une certaine éducation de la masculinité.

Nous élevons nos filles de sorte qu’elles s’adaptent aux egos fragiles des hommes. Nous enseignons à nos filles à se faire discrète, à se rendre invisible. Nous disons à nos filles: «Vous pouvez avoir de l’ambition, mais pas trop. Vous devriez viser à réussir, mais pas trop, au risque d’être une menace pour les hommes.”

“Nous enseignons à nos filles la honte – fermez les jambes, couvrez-vous !! Nous leur faisons sentir qu’en naissant femme, elles sont déjà coupables de quelque chose. Et ainsi nos filles deviennent des femmes qui ne reconnaissent pas leur propres désirs. Elles deviennent des femmes qui se taisent. Elles deviennent des femmes qui ne peuvent pas dire ce qu’elles pensent vraiment. Et elles grandissent – et c’est la pire chose que nous faisons pour à nos filles – elles deviennent des femmes qui ont fait tout un art de trouver des prétextes.

Elle s’en prend à la société et tonne:

La culture ne fait pas le peuple. Le peuple fait la culture.’

C’est donc de notre devoir de faire changer les mentalités sur le genre. Elle ajoute:

Imaginez comme on serait libre, comme on serait notre vrai Nous si on n’avait pas ces attentes liées à notre genre.’

Elle conclut son discours en donnant la définition du mot féminisme qu’elle est allée chercher dans le dictionnaire, à l’époque, quand son ami l’avait qualifié ainsi.

“Féministe:

une personne qui croit en l’égalité sociale, politique et économique des genres. “

 

Featuring musical avec Beyonce Knowles

En Décembre 2013, un an plus tard, la chanteuse américaine Beyoncé sort un album éponyme incluant le titre ‘****Flawless’ (traduction: ‘sans défaut’) dont on retiendra deux choses: le slogan ‘I WOKE UP LIKE THIS’ et le sample du discours de Chimamanda Ngozie Adichie.

Une révélation pour beaucoup.

 

A travers cette chanson, la chanteuse s’affirme et impose qu’on l’a respecte car elle est telle qu’elle est, point final. Qui plus est, sans défaut et ne s’excusera auprès de personne d’être ainsi.

‘I woke up like this, Flawless’ doit se faire comprendre plutôt ainsi: Je suis née ainsi, respecte-moi comme tel, un être sans défaut.

Parce que ‘merci-non-merci’ la culpabilisation d’être une femme (ambitieuse, sexy, professionnelle, en charge de son destin et de ses desirs seuxels.)

we should all be feminists beyonce chimamanda Ngozie Adichie

La chanteuse expliquera son choix: “Je voulais apporter une rectification sur le vrai sens de ce mot, je ne crois pas qu’on se rende compte de ce que vraiment dire être féministe, alors que c’est pourtant simple: croire en l’égalité des droits entre femmes et hommes.« 

Chimamanda était bien au courant de l’utilisation de l’audio de son discours du TEDxEuston, elle avait donné son accord. Cette dernière déclara dans une interview, seulement 3 ans après la sortie de la chanson, bien qu’elle apprécie que son discours soit propulsé auprès d’une audience qui ne connaissait pas ce mot ni avait eu cette réflexion autour du féminisme, elle reconnait que le style de féminisme de Beyoncé n’est pas le sien.

[Son style], accorde beaucoup de place  la nécessité d’un homme dans sa vie. J’aime les hommes mais je ne crois pas que les femmes devraient tout faire en fonction d’eux: “m’a t-il fait du mal, devrais-je lui pardonner, m’a t-il passer la bague au doigt ?” Nous sommes conditionnées pour que notre monde tourne autour des hommes. Mettez un groupe de femmes entre elles et la conversation finira par tourner autour des hommes. Inversement, mettez des hommes ensemble et aucun ne parlera de femmes. Ils parlent de leur petite vie en générale. Bien sûr, on peut en parler en peu mais ca ne devrait pas être notre centre d’attention.

Chimamanda fera l’éloge de l’engagement politique et sociale de la chanteuse sur ces dernières années mais ne ressent pas le besoin d’être reconnaissante de la publicité que la chanson de Beyoncé ait pu lui faire.

Sa gloire était déjà faite.

 

 

We should all be feminist, l’essaie.

Chimamanda est une écrivaine accomplie et reconnue internationalement. Sa présence lors de ce TED talk à Londres en 2012 n’était pas un hasard. Elle a publié de nombreux roman à succès dont ‘Half of the Yellow sun’ en 2006, classé par le New York Times parmi les 100 livres les plus remarquables de l’année, avant d’avoir reçu le prix Orange Prize for Fiction en 2007.

Le livre a même été adapté au cinéma et a fait l’ouverture du prestigieux Toronto International Film Festival en 2013.

Cette année là, elle publie Americanah, roman pour lequel elle emporte le prix National Book Critics Circle Fiction. Ce roman retrace l’histoire d’une femme nigériane qui part vivre aux USA pour ses études. Une mini-série est actuellement en cours de production par l’actrice Lupita Nyong’o. Rien que ça.

 

En 2014, elle publie l’essaie “We should all be feminists”, adapté de son discours au TEDx, traduit en français par “Nous sommes tous des féministes’. Il recu aussitôt le succès qu’on lui connaît.

L’année suivante, une maison d’édition suédoise, Albert Bonniers  et l’association  Swedish Women’s Lobby entreprend de délivrer cet essaie à tous les ados de 16 ans du pays. Sans distinction de genre. Le but ? Ouvrir les esprits, engendrer la conversation sur le genre, des rôles associés par la société dans laquelle on vit mais surtout autour du féminisme. Soutenues par de nombreuses associations des droits humains, les enseignants suédois ont été invité à intégrer ‘We should all be feminist’ dans leur classe. La Suède s’inscrit depuis ces dernières années dans une réelle lutte contre les discriminations liées aux genres et se présente comme le premier gouvernement féministe. Cette mesure est donc dans une réelle volonté de faire bouger les mentalités auprès de la nouvelle génération de suédois.

En Septembre 2016, c’est un banal t-shirt blanc sérigraphié de la mention ‘We should all be feminists’ que l’on voit défiler lors de la fashion week de Paris, chez la très très médiatisée maison Dior.

Un choix qui peut paraître étonnant si on ne connaît pas l’histoire de la marque. Depuis sa création, en 1946, la maison a vu se succéder plusieurs directeurs de la création de talent tel que Yves Saint Laurent, John Galliano ou encore Raf Simons. Après le départ de ce dernier, une femme est nommée pour la première fois à ce poste très convoité: Maria Grazia Chiuri.

Cette dernière ne manquera pas de soulever l’anecdote en propulsant ce message lors de son premier défilé et pas le moindre, celui de la fashion week de Septembre, collection printemps/été, une des plus médiatisées.

Un message qu’elle réitérera la saison suivante en ouvrant son défilé avec une mannequin (et artiste!) arborant un t-shirt sérigraphié: « Why Have There Been No Great Women Artists? » (“Pourquoi il n’y aucun grande artiste femme?”)

Référence à l’essaie de Linda Nochlin du même nom. Dès son arrivée dans la maison Dior, la créatrice de mode italienne Maria Grazia Chiuri a voulu repenser la féminité et le femme vu par Dior. Il était temps.

Avec une telle publicité, il n’a pas fallu longtemps au t-shirt pour etre porté par toutes les grandes célebrites et les icônes de la mode.

Celebrites portent we should all be feminists tshirt
De gauche à droite: Jennifer Lawrence, Rihanna, Gigi Hadid, Lisa Folawiyo, Tracee Ellis Ross, ASAP Rocky, Maria Grazia Chiuri, Natalie Portman et Chiara Ferragni.

 

Chimamanda, icône de la lutte des genres, du racisme et de la cause Africaine

Aujourd’hui Chimamanda Ngozie Adichie s’est façonnée, grâce à son message et à la retombée médiatique que celui-ci a engendré, le statut d’icône de la lutte des genre et du féminisme.

Cette dernière intervient régulièrement dans des conférences pour partager sa réflexion autour du genre, de la masculinité et du féminisme.

Le 7 octobre dernier, Le journal Le Monde organisait une conférence à Paris, Monde Festival, dont la thématique était “Aimer!”. Invitée de marque, Chimamanda Ngozie Adichie a répondu aux questions de Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique.

Elle y tiendra de nouveau un discours autour de l’éducation et en particulier celui des jeunes garçons, de la masculinité:

« Il faut vraiment élever différemment les enfants, garçons et filles, et ce dès le plus jeune âge. Et surtout reconstruire la masculinité. Parce ce que le féminisme n’atteindra jamais son objectif sans une implication des hommes. La masculinité telle qu’elle a été construite fait partie du problème. Les hommes se doivent d’êtres rudes pour montrer leur force. Il faudrait faire en sorte que les hommes puissent être vulnérables, montrer leurs émotions. […] Ce serait formidable si le macho était aussi un type qui pleure, et qui pense que la violence est terrible. »

Arborer le t-shirt sérigraphié ‘We Should All Be Feminists’ est donc un crie pour faire évoluer nos mentalités, nos sociétés et avancer ensemble en tant qu’être humains, sans le spectre de notre genre…

 

Tendance tshirt femme we should all be feminists.

 

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